03/06/2014

Une solution rationnelle au Gothard

L’avenir du Gothard passe par le tunnel de 1882, construit par l’ingénieur genevois Louis Favre

A la fin 2016, le nouveau tunnel de base du Gothard offrira un passage ferroviaire rapide, sûr, efficace et de grande capacité. Le trafic par le tunnel historique inauguré en 1882 est condamné: le trafic des marchandises passera par le tunnel de base, puis, si ça ne suffit pas, par le Lötschberg, qui bénéficie de ses propres lignes d’accès. Le directeur fret des CFF, Monsieur Nicolas Perrin, a formellement confirmé ce qui n'était jusqu'ici qu'une hypothèse, on ne verra plus aucun train de marchandises des CFF emprunter la ligne historique. Le trafic des voyageurs passera également par le tunnel de base, pour économiser une heure.

Le lecteur intéressé trouvera à cette adresse le dossier technique qui accompagne le projet décrit ici:

https://sites.google.com/site/gothardscheiteltunnel/memoire


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On peut imaginer la prolongation jusqu’à Erstfeld et Flüelen de la ligne à voie étroite qui conduit d’Andermatt à Göschenen, pour éviter le changement de train à Göschenen, et offrir le raccordement direct à la ligne Matterhorm-Gornergrat. Monter en bateau à Lucerne, prendre à Flüelen   le train qui mène en direct jusqu’à Tirano dans le Poschiavo, ou alors jusqu’à Zermatt au pied du Cervin : vaste programme touristique. Mais qui paierait encore les 50 millions par an que les CFF dépensent pour simplement maintenir la substance de la ligne de montagne entre Biasca et Erstfeld, à double voie, alors qu’elle sera désertée?

Vers 2020, le tunnel routier doit être mis hors service pour de grands travaux d’assainissement, plusieurs mois par an de plusieurs années consécutives. Le canton du Tessin et les milieux économiques s’en sont émus et ont obtenu de la Confédération qu’elle n’entreprenne les travaux d’assainissement qu’après réalisation préalable d’un second tube routier, à même de combler la lacune (il en resterait tout-de-même une de 140 jours).

Après tous ces travaux, qui auront coûté 2,8 milliards, ce sont donc quatre tunnels qui traverseraient le massif: le nouveau tunnel ferroviaire de base, l’actuel tunnel routier à deux pistes, assaini, le nouveau tunnel routier, à deux pistes aussi, le tunnel ferroviaire de Louis Favre, déserté, désuet, non conforme aux normes actuelles de sécurité. Pour le rendre conforme aux exigences d’aujourd’hui, il faudrait 600 millions de plus, pour un trafic réduit à presque zéro. La proposition du Conseil fédéral doit être rejetée.

Pour respecter l’article constitutionnel qui interdit d’augmenter les surfaces carrossables traversant les Alpes, le Conseil fédéral a promis que les deux tunnels routiers, bien qu’à deux pistes chacun, ne seraient jamais exploités à plus de deux pistes en tout, les deux pistes restantes servant de voies de stationnement. Pour convaincre les méfiants, le Conseil fédéral propose une loi qui scellerait son engagement.

Les milieux écologiques, emmenés par l’Initiative des Alpes, ne lui font pas confiance. Ils refusent la solution d’un tunnel supplémentaire et proposent un système de double chaussée roulante pendant la durée de l’assainissement du tunnel routier, entre Airolo et Göschenen pour les voitures, entre Erstfeld et Biasca par le tunnel de base pour les poids lourds, au prix de 850 millions. Ajoutés au coût d'assainissement du tunnel routier, ce seront 1,5 milliard qui auront été dépensés.

L’exercice durerait quatre ans et, à la fin, il ne resterait rien. Ce serait une dépense pure, pas un investissement. Un repas chez le meilleur cuisinier du monde, certes, mais dont il ne reste le lendemain que le souvenir. Jamais une telle dépense n’aura dû être amortie en si peu de temps. Ces 850 millions seraient dépensés pour permettre l’assainissement du tunnel routier, devisé à 650 millions! Le Conseil fédéral recourt au concept de "tunnel d'assainissement". Quant au tunnel historique, il resterait dans son état actuel, désuet, hors normes, plus que probablement laissé à l’abandon. Pour le rendre conforme aux normes de sécurité actuelles, il faudrait encore 600 millions de plus. Mais pour permettre quel trafic? Il faut aussi rejeter la solution de l’Initiative des Alpes.

La solution du Conseil fédéral pas plus que celle de L’initiative des Alpes ne sont satisfaisantes : il faut les rejeter toutes les deux.

Ma proposition est tout autre: transformer le tunnel historique, dont les portails sont très voisins de ceux du tunnel routier, en second tunnel routier sûr; l’élargir, le doter d’une galerie de sécurité. Après cela, le tunnel actuel pourra être assaini sans aucune restriction du trafic, qui passera par l’ancien tunnel ferroviaire transformé, après quoi les deux tunnels seront utilisables.

L’ensemble des travaux aura coûté 1,4 milliard, soit la moitié de ce que coûterait la solution du Conseil fédéral, pour le même résultat, mais sans aucune interruption de trafic. Elle aura coûté autant que la solution proposée par l’Initiative des Alpes, mais sans entrave d'aucune sorte au trafic automobile pendant la durée des travaux d'assainissement du tunnel routier actuel.

Commentaires

Louis Favre doit se retourner dans sa tombe en lisant votre massacre !!!

Écrit par : Dervey J | 04/06/2014

Monsieur Dervey, je crois pouvoir mettre votre commentaire indigné sur le compte de votre respect pour les réalisations de nos prédécesseurs. C'est vrai que ma solution a un côté un peu sacrilège.

Mais que proposez-vous? Comme je l'ai écrit dans mon article, les CFF ont décidé de ne plus faire passer de train de marchandises par la ligne de montagne. Le trafic des voyageurs sera à l'évidence lui aussi réduit à une portion de misère. Je ne serai en rien responsable de ces décisions.

Ma proposition consiste à transformer les rampes d'accès en ligne touristique. Elle propose également une utilité pour le tunnel historique. Que deviendrait-il sinon lorsque plus aucun train ne le l'empruntera? une champignonnière?

Je ne suis pas sûr que vous ayez raison. Je pense que Louis Favre serait au contraire heureux que la Suisse trouve à son tunnel une nouvelle raison de vivre, pendant plusieurs décennies.

Écrit par : rodolphe weibel | 04/06/2014

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